Arabie-Saoudite Etats-Unis : des relations diplomatiques misent à mal
- Julie Hallier
- 16 oct. 2022
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 oct. 2022
Le 5 octobre dernier, l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) s’est réunie à Vienne pour décider d’une réduction de la production de deux millions de barils quotidien, en pleine période de crise énergétique. Cette décision a été prise conjointement par l’Arabie Saoudite et la Russie et constitue la plus forte baisse fixée par l’organisation depuis avril 2020. De plus, en instaurant une réduction des quotas de vente de pétrole, elle permettrait aux pays exportateurs, et notamment à la Russie, d’effectuer plus de bénéfices en maintenant le prix élevé du baril. Cette initiative apparaît comme une humiliation diplomatique envers les Etats-Unis de la part de l’Arabie Saoudite qui privilégie ses liens avec la Russie à ceux de son allié historique américain.
En effet, depuis février 1945, les deux pays étaient unis par le pacte du Quincy qui a découlé d’une rencontre entre le président Franklin D. Roosevelt et le roi fondateur de la dynastie saoudienne, Abdelaziz Al Saoud. Par ce pacte les deux pays ont conclu un échange entre pétrole saoudien et protection militaire américaine. Ils étaient alors considérés comme deux alliés diplomatiques.

Source AFP 11/10/2022
La décision prise récemment par Mohammed Ben Salman (MBS), actuel pince héritier au pouvoir, marque son déni voire son mépris envers cette alliance et s’établit en dépit des supplications des hauts responsables américains de voter contre une réduction de la production de pétrole. De plus, Joe Biden s’était rendu à Riyad en juillet dernier pour demander une augmentation de la production afin de faire baisser les prix du baril. Cette visite avait par ailleurs suscité des critiques internes puisqu’au cours de cette rencontre le président américain était revenu sur d’anciens propos qui promettaient de faire de MBS un « paria » suite à l’accusation d’implication dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en2018.
Les pays de l’OPEP ont cependant fait le choix de défendre leurs intérêts et ceux de la Russie. Cette décision est vue comme un acte hostile par les Etats-Unis et témoigne d’un échec de la tentative de Joe Biden de faire accepter au prince héritier la réduction des coûts du pétrole. Bien que l’Arabie ne mette pas officiellement fin à son alliance avec les Etats-Unis, cet évènement témoigne de sa recherche d’émancipation face à la tutelle américaine et de diversification de ses alliances notamment avec la Chine ou ici la Russie. En parallèle Aaron David Miller, un ancien conseiller politique considère qu’il est temps que « Joe Biden comprenne que l’Arabie Saoudite n’est pas une alliée des Etats-Unis et qu’il faut désormais cesser de la traiter comme telle. »
En réaction à la décision de l’OPEP, le gouvernement et notamment le congrès américain a réagi en dénonçant une trahison et en menaçant l’Arabie Saoudite de représailles sur la protection militaire fournie au pays. Le président américain a déclaré qu’« il y aura des conséquences pour ce qu’ils ont fait, avec la Russie ». Il a aussi évoqué la possibilité d’une « réévaluation » des relations bilatérales entre les deux pays. Un projet de loi nommé NOPEC est également soutenu par certains parlementaires et a pour but de permettre à Washington la poursuite des cartels pétroliers en cas de non-respect des lois antitrust et de manipulation du marché.

Source AFP 12/10/2022: Senator Blumenthal
En plus de s’inscrire dans un contexte de crise énergétique liée à la guerre Russe menée en Ukraine, la décision de l’OPEP a lieu environ un mois avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis alors que le camp démocrate craint qu’une augmentation des prix du pétrole ait un impact sur le vote des électeurs.
Julie Hallier
Comments