Haut-Karabakh ou République d’Artsakh ?
- Coline George
- 9 oct. 2023
- 3 min de lecture
L’absence des présidents azerbaïdjanais et turc au sommet de la Communauté politique européenne ce jeudi 5 octobre 2023 n’est pas passée inaperçue. En effet, il semblerait que Bakou n’ait pas souhaité se présenter à Grenade afin d’apporter, elle aussi, son soutien aux Arméniens. La politique azerbaïdjanaise souffre d’une certaine dichotomie puisque l’Etat assure être prêt à accepter une médiation du conflit au Haut-Karabakh sous l’égide de l’Union Européenne mais ignore le Parlement européen. Le Parlement, quand à lui, a annoncé un « réexamen complet des relations de l’Union européenne avec l’Azerbaïdjan ». L’avenir de la diplomatie s’annonce incertain…

Une rivalité historique
L’Antiquité et le Moyen-Âge ont été témoins de la succession de l’hégémonie arménienne et de l’influence arabe dans le Caucase du Sud. Le Haut-Karabakh pour les Azerbaïdjanais, la République d’Artsakh pour les Arméniens, quel que soit son nom, l’enclave située dans le Caucase du Sud fait l’objet de rivalités historiques entre les deux Etats.
Le territoire est situé en Azerbaïdjan, mais peuplé en majorité par des Arméniens – qui lui donnent le nom de République d’Artsakh. Malgré l’acquisition de son autonomie en 1923, la région fut par la suite rattachée à l’Azerbaïdjan sous l’Union Soviétique. Figé dans cet apparent équilibre, le conflit ethnique est dégelé par la chute du Bloc de l’Est à la fin de la Guerre froide. La guerre éclate en 1988 et la victoire militaire de l’Arménie lui offre la couronne en 1994.
Renouvellement des tensions
Malgré leur rôle historique de gardiennes des différents statu quo qui ont marqué la région, les troupes russes n’ont pu éviter le désaveu des espoirs de paix nourris par les habitants de l’enclave. Les braises sont rallumées par un second conflit. Aidé par l’appui de son allié turc, l’Azerbaïdjan inverse les rapports de force en sa faveur.
Depuis 2020, les tensions au Haut-Karabakh sont constantes. La fermeture du corridor de Latchine, nommé Berdzor par les Arméniens, coupe en décembre 2022 le seul lien entre la population de l’enclave et l’Arménie. Une crise d’approvisionnement découle alors des évènements. Selon Amnesty International, « Le blocus se traduit par de graves pénuries de denrées alimentaires et de fournitures médicales, car l’aide humanitaire livrée par le Comité international de la Croix-Rouge et les soldats russes de maintien de la paix ne suffit pas à répondre aux besoins. ».

Crise de 2023, l’Arménie contrainte de poser un genou à terre
Le 19 septembre 2023, une offensive des forces azerbaïdjanaises leur permet un contrôle étendu du Haut-Karabakh. À ce jour, il semblerait que près de 200 morts et deux fois plus de blessés soient à déplorer du côté des séparatistes arméniens. Bakou, elle, déclare un peu moins de 200 pertes sur la totalité de ses effectifs militaires. S’inclinant devant la supériorité militaire de l’Azerbaïdjan, les séparatistes ont dû déposer les armes.
L’Azerbaïdjan a également annoncé l’arrestation de l’ancien chef du gouvernement du Haut-Karabakh, Rouben VARDANIAN, une détention illégale selon le gouvernement arménien.
Cette crise a entraîné un exil de la quasi-totalité des Arméniens du Haut-Karabakh avec la fuite de 93 000 personnes pour des motifs aussi divers que la faim et la crainte des représailles. Le premier ministre arménien, Nikol PACHINIAN, demande à la communauté internationale que son ennemi soit inculpé pour « nettoyage ethnique » tandis que l’Azerbaïdjan accuse les séparatistes du Haut-Karabakh de « terrorisme ».

Diplomatie au Haut-Karabakh, le jeu d’échec des grandes puissances
Ce conflit s’inscrit dans une lutte de pouvoir des grandes puissances au sein d’une région très instable. Le contexte de la guerre en Ukraine a notamment éloigné Bakou et Erevan de Moscou. L’Azerbaïdjan préfère resserrer ses liens avec son allié turc tandis que l’Arménie exprime la volonté de se rapprocher de l’Occident.
L’hégémonie diplomatique de la Russie effectuant un pas en arrière, les puissances européennes et américaines tentent de se faire locomotives de la voie diplomatique. Des pourparlers se sont ouverts à Bruxelles, un cessez-le-feu conditionné au désarmement de l’armée locale et au retrait des troupes arméniennes de la région a été imposé, le Pape François a récemment prêché pour la résolution verbale du conflit en appelant au « dialogue ».
Enfin, selon Stéphane DUJARRIC, le porte-parole de l’ONU, « Le gouvernement d'Azerbaïdjan et l'ONU se sont mis d'accord sur une mission dans la région. La mission aura lieu ce week-end ». Pour la première fois depuis trois décennies, le 1er octobre 2023, l’ONU a envoyé une mission afin d’évaluer les besoins humanitaires de la population.
Coline GEORGE
Comments